Money Slavering ou L’esclavage financier : un fantasme typiquement masculin

Money Slavering ou L’esclavage financier : un fantasme typiquement masculin

Depuis la mode du porno chic il y a 10 ans, le sexe est devenu un produit marketing, un produit de scandale, un produit qui comme les collections de mode évolue chaque année. Après les strip-teaseuses et les enterrements de vies de jeunes filles, après la mode de l’échangisme, la mode des sextoys, après la mode du sadomasochisme, puis la mode des escort girls, arrive aujourd’hui la tendance « money slavering » : traduire « esclavage financier ».

Quid le money slavering ?

Les sites et blogs internet « money slavering » sont de plus en plus nombreux, ils sont destinés « aux hommes qui aiment donner de l’argent aux femmes qui aiment le recevoir ». Comme sur les sites sado-masochiste, les pseudo de ces femmes commencent majoritairement par des majuscules afin de marquer leur supériorité, et vont de « Princesse » à « Reine », en passant pas « Lady », « Dame », « Miss » et même « Déesse ».
Le principe du money slavering répond à la gynarchie, un mot dont l’étymologie grecque combine « femme » et « pouvoir », une philosophie pour certains qui s’est assise en 1967 avec l’ouvrage de Valerie Solanas, une intellectuelle féministe américaine.
Sur internet, et dans la vraie vie, ces femmes s’intronisent toutes puissantes. Elles ont 20 ou 50 ans, sont étudiantes ou mères au foyer, et elles profitent des dons de leurs « pigeons » – comme elles les appellent ouvertement – sans offrir aucune contrepartie sexuelle. Comme Julie *, par exemple, qui explique être ” juste capricieuse, aimant les cadeaux, et estimant que si les hommes sont assez cons pour faire des offrandes à des inconnues, elle serait encore plus bête qu’eux de ne pas en profiter “. Face à elles, beaucoup d’hommes manquant de confiance en eux, des hommes comme Jérome* qui se dit ” timide, au physique de troll”, et estimant que c’est une façon pour lui “de contenter une femme, à défaut de pouvoir la satisfaire sexuellement”.

« tu proposes, moi j’en profite » ?

En pratique, comment font ces money mistress pour être payer pour leur seule existence ? Via des comptes Paypal bien sur, des wish listes, des bons d’achat sur des sites vendant des couettes, des cuissardes, ou des écrans plats, et pour les moneyslave plus intimes, des mandats cash. Les mandats cash, un honneur pour ces hommes qui veulent se soumettre puisqu’ils vont de pair avec l’adresse de leur « maîtresse », une preuve de confiance indéniable. Certains hommes vont même jusqu’à confier à ces femmes, parfois virtuelles, la gestion de leur compte bancaire, voir même, leurs confient des informations personnelles ou professionnelles allant de l’adresse et nom de leur épouse, au listing clientèle et coordonnées de leur patron. Une façon de prouver leur dévotion, de se mettre en danger. Le tout en échange de quoi ? De quelques minutes non-porno via leur webcam, d’une photo de la « déesse » avec son nouveau cadeau, ou juste d’un sms. Les sommes versées peuvent atteindre les 2000€ par mois.

Loin des stéréotypes de dominas vêtues de cuir, une cravache à la main, les money mistress n’hésite pas à avouer qu’elles sont enrhumées ou à poser avec leur chat. Une attitude qui convient très bien aux money slave qui n’attendent pas de sexe de ces femmes, juste des attentions. Des attentions-cadeaux qu’ils peuvent, par exemple, lire sur certains blogs, sous forme de pop-up au contenu explicite, « l’hivers n’est pas fini : chauffage 75€, électricité 60€ », etc. Beaucoup de ces jeunes femmes, comme Elise*, étudiante, en couple, insatisfaite par les hommes en général, estiment “qu’après tout, le money slavering est aussi décent (et moins contraignant) qu”être femme au foyer”.
Les annonces postées sur les sites spécialisés n’entretiennent d’ailleurs aucune ambiguïté : « Bonjours, bande de larves. J’ouvre actuellement mon cheptel pour accueillir à mes pieds de nouveaux esclaves. […] Les places sont limités, et seuls les esclaves les plus dévoués garderont leurs places. Pour avoir le bonheur de me servir et d’être a mes pieds, les informations demandées sont: prénom , âge, sexe, et revenu mensuel, ainsi qu’un court texte expliquant tes motivations. Ta vie se résume a moi, et moi seule contrôle ta vie. Mes pieds seront ta récompense.”. Fâce à de telles annonces, les money slave répondent sans détour : «Homme 49 ans, blanc, 1m81, 75kg, trés soumis cherche une Maitresse black 18 à 30ans, belle, sexy, fière, arrogante et consciente de sa supériorité pour money slavery, utilisation de ma CB pour achats internet par exemple, apport d’argent, plans distributeurs, etc… en échange d insultes, crachats dans la bouche, gifles, humiliations en tout genre, etc…”

Le money slavering est donc devenu une nouvelle tendance. Un phénomène qui a même inspiré un clip diffusés sur YouTube, une chanson qui cumulent plus de 100 000 vues. L’auteur, Yeliz, y chante « ou sont mes boloss ? » ; « boloss » une expression employée, à l’origine, par les dealers pour désigner un « client arnaqué ». Extraits de paroles : « tu sais bien qu’on ne t’apprécie pas pour toi, mais pour ce que tu as […] tu proposes, moi j’en profite ».
Un refrain qui n’est pas sans rappeler « l’homme propose, la femme dispose ». Le money slavering, un jeu de séduction, d’argent et de pouvoir ; un jeu qui semble tout particulièrement intéresser des jeunes filles de plus en plus jeunes ; un nouveau phénomène auquel les jeunes filles d’origines maghrébines y trouve un intérêt particulier.

Quand le racisme s’en mêle.

Le principe du money slavering attire bon nombre de jeunes filles d’origine maghrébine qui s’expriment sans complexe sur leurs origines, leur religion, et en sont fières. Fières au point d’en faire un argument de vente , une raison de réclamer et d’obtenir des offrandes. Des dons que certains hommes « blanc » sont heureux, voir soulagés, de leur faire « Homme européen de 40 ans habitant Marseille cherche belle jeune FEMME Arabe, se sentant supérieure aux hommes, méprisante, intelligente […] Autoritaire, la Beurette Supérieure pourra m’exploiter, me dépouiller régulièrement. Je paye et j’obéis en m’écrasant comme une salle merde de blanc »; une vision partagé par d’autres hommes qui ont « un faible » pour les femmes noires ou arabes, et qui pensent que “la France, et donc (eux), se doivent d’aider ses femmes dont la colère, et les demandes sont légitimes”. Un sentiment confirmé sur la toile par le témoignage de cet homme d’une trentaine d’année, qui ne regrette rien de son expérience, bien au contraire : “A 02h00 du matin, presque insomniaque et pourtant fatigué […] PB-93 prend vite l’ascendant sur la discussion me faisant comprendre ce qu’elle pense sincèrement des boloss, des petits bourges de céfran, des faces de craie, des khaba (« pute »). […] Je me sens complètement humilié, honteux de mes origines. […] Au bout de plus de 45 minutes d’invectives, un énorme spleen s’empare de moi et j’abaisse ma garde […] je lui dicte un à un les chiffres de ma carte bancaire. Par la suite, PB93 m’a demandé si je pensais que “mon daron serait facile à michetonner” car […] elle est sûre qu’un vieux céfran de 66 ans, qui n’a jamais voyagé en dehors de son Auvergne natale est forcément un sale raciste et qu’il mérite bien de se faire “enculer” par une toute jeune reubeu. Ensuite, elle en est venue à me dire qu’elle allait me convertir à sa religion en me faisant répéter des mots inconnus aux sonorités pimentées, au final m’avouant que ce que je venais de répéter m’engageait déjà moralement à suivre de nouveaux préceptes pour moi.”. Un récit apprécié par d’autre jeunes money dom : “j’adore !!!! Seule une Fille ARABE pouvait t’obliger à lui donner tes numéros de carte bleue. Nous sommes supérieures et nées pour Vous ruiner les chiens !”
Un avis confirmé par une jeune money mistress de 21ans qui arrondit son salaire de vendeuse grâce aux offrandes : « Nos parents ont connu l’humiliation, la guerre d’Algérie, on nous a ensuite parqué dans des cubes en cité, l’on interdit, aujourd’hui, à nos sœurs de porter le niqab ; la société française nous doit beaucoup, la société et les français, surtout les hommes, nous doivent tout cela ». Fatima* explique ne pas pratiquer le money slavering par esprit de revanche, mais parce que c’est son « droit, et même, un du ; d’autant que c’est facile ».
Ainsi sur certains forums de money slavering, entre deux petites annonces et présentations de membres, l’on trouve régulièrement des sujets sur le racisme , et l’islamophobie. Des sujets argumentés de photomontage où les “infidèles” sont insultés et comparés au “cheitan”(« diable »)
Bien loin des quelques femmes portant le niqab sur le sol français, ces jeunes princesses des milles et nuit semblent encore avoir de beaux jours devant elles, certains money slave français culpabilisant de l’islamophobie ambiante.

L’arnaque.

Mais sur la toile, dans le monde virtuel, derrières les photos de femmes excitantes, se cachent parfois des hommes. Comme par exemple Sébastien*, qui avoue sans difficulté avoir découvert ce « stratagème » il y a 3 ans alors que lui et sa compagne étaient au chômage. Très vite, le couple crée plusieurs adresses email et comptes paypal, et à raison d’1 à 2h par jour sur internet, ils auraient réussi à payer la caution de leur appartement afin de retrouver une vie normale. Le tout en n’offrant, en échange, que quelques photos sans visage, quelques heures de conversation, et 2 ou 3 insultes à l’occasion. Une “excellente rentabilité” pour ce jeu que lui-même décrit « du chat et de la souris ». Un jeu qui met parfois certains hommes en danger, allant jusqu’à piocher dans le compte épargne conjoint pour pouvoir satisfaire les envies de leur princesse, au point que certains finissent par s’interroger sur les limites à ne pas franchir, et vont même jusqu’à demander de l’aide pour gérer leur “addiction au money slavering », de l’aide pour gérer leur incapacité à refuser quoi que ce soit à une femme dominante.
Pour autant, d’après Maitre Jean Codognès, avocat au barreau de Perpignan, aucune infraction ne serait à relever, aucune promesse, pas même sexuelle, n’étant faite. Aucun recours en justice donc. De plus, donner de l’argent volontairement à une personne, sans vérification préalable, pourrait être tout simplement considéré comme « de la naïveté ; une naïveté indéfendable passée un certain âge ».

A noter que contrairement, au porno, à la prostitution, l’escorting, ou le sadomasochisme, où ils existent une certaine parité, hommes et femmes pouvant jouer les mêmes rôles, la spécificité du money slavering est qu’il n’existe aucune femme donnant de l’argent à un homme par simple plaisir.

* Tous les prénoms ont été changés.

Article publié le 26/06/2011 sur le site Le Post.

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